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All-star line-up
performing the songs of Pink Floyd : Pigs and Pyramids
Cet album réunit un panier de beau linge comme on en a rarement
vu sur un hommage, même au pressing de l’Olympia. D’ailleurs, la pochette ne
parle pas de tribute-album mais d’un "all-star line-up performing the songs of Pink Floyd". On retrouve
donc des membres ou musiciens de Yes, Journey, King Crimson, Chicago, Deep
Purple, Dream Theater, Toto, Kiss, Thin Lizzy, Mr Big, Doobie Brothers, Ozzy
Osbourne, Ted Nugent, King’s X, Zappa et j’en passe. Les rassemblements de talents qui tournent au flop ne sont pas
rares. Et reprendre du Pink Floyd
n’est pas donné à tout le monde : la moindre faute de goût est impardonnable.
De ce côté là, rien à redire. L’interprétation est de très haute volée, tout
du long de l’album, avec des musiciens qui ont leur carte de fidélité chez
Perfection. Quant aux chanteurs, j’ai l’impression de les insulter gravement
en écrivant que les Starnaque Academy
pourraient bosser 1000 ans sans mériter de leur lécher un doigt de pied. Seulement, un monument reste un monument. J’ai tellement usé mes
cassettes, mes vinyles, et maintenant mes cds de Pink Floyd, que je craignais de
ne pas supporter des ré-interprétations. Mais les
bougres réunis par Musea ont assez d’expérience
pour s’en tirer avec les honneurs. Les titres vont de l’excellent (du début
au milieu de l’album) à, au pire, du bon (vers la fin). Tous ont été peaufinés,
jusqu’à sonner parfois trop parfaits, trop propres. Il ne s’agit donc pas de
simples reprises à la va-vite mais d’un véritable essai de travail créatif. On aurait également attendu plus de prises de risque sur le
choix des morceaux, tous écrits, au moins en partie, par Roger Waters. Les
artistes de cet hommage auraient pu se sentir plus libres d’une expression
très personnelle, en reprenant des titres moins connus de Pink
Floyd. Toute la période psychédélique, c’est-à-dire les débuts du
groupe (en 1966) avec Syd Barrett,
est passée à la trappe. Musea
n’avait sans doute pas assez d’acides à distribuer en studio pour récréer
l’ambiance de l’époque… Mais comme ce label en fait déjà autant pour la
promotion du progressif que les fans de Bob Marley
pour celle des cigarettes qui rendent bêtes, on ne leur en voudra pas. Pigs and
Pyramids titre à titre : 1) Another brick in the wall Plus agressif que l’original, notamment dans le chant, le
morceau démarre directement sur le refrain. Au revoir le chœur de gamins. A
la première écoute, j’ai trouvé que c’était un peu du gâchis. Dès la seconde,
j’ai compris que cette touche de rage collait tout à fait et donnait une
dimension différente, pas forcément meilleure, mais très intéressante. Disons
que l’original évoque surtout une certaine résignation. Cette
cover va plus dans le sens du cri de révolte,
appuyé par le solo final à la sonorité assez crue. 2) Welcome to the
machine Là aussi, la première écoute m’a laissé perplexe, avec ses
quelques sons industriels et une rythmique mécanisée. On perd un peu en magie
et de ce sentiment de se trouver directement interpellé par un Big Brother. Le côté planant
s’estompe au profit d’une ambiance plus oppressante, ponctuées d’effets qui
pourraient avoir été enregistrés au cœur d’un sous-marin en plongée. La
guitare est plus en avant que sur l’original. Les « yeeeeah
» balancés ici et là étaient-ils vraiment nécessaires ? 3) Comfortably Numb Retour à la douceur - quelle superbe voix ! On est en plein prog’ mélodique. Comme sur les deux premiers morceaux, la
musique emplit plus l’espace sonore que dans l’interprétation du Flamand
Rose, joue moins sur des silences sous-entendus (si, si, ça existe !), comme
si les artistes ici convoqués se rassuraient face au monstre qu’ils étaient
appelés à dompter. A noter une intervention acoustique bien vue. Difficile de
ne pas se laisser emporter par ces paysages de toute beauté. 4) Shine on your
crazy diamond Comment reprendre ce premier morceau de l’album Wish you were here? Dire qu’il me
fait triper est un euphémisme. Un monde à part à lui tout seul. Combien de fois l’ai-je écouté en me
"préparant" auparavant, allongé et yeux clos ? Jouer Shine on yourcrazy diamond, aussi bon musicien qu’on soit, même en en
donnant une vision personnelle, c’est tenter de faire sien un des plus grands
monuments de la musique du XXè siècle. L’option ici choisie laisse au second plan l’unique note de
clavier, qui vous ensorcelait telle Morphée vous emmenant au pays des songes,
chaque intervention de la guitare venant ensuite suggérer un instant de
retour au réel. N’osant pas se démarquer totalement de l’original, seule
solution possible face à un tel chef-d’œuvre, mais craignant visiblement d’en
rester trop proche… on se retrouve le cul entre deux chaises, on perd en
pouvoir d’évocation. Disons que cette version est légèrement "rock-popisée" (entendons-nous bien, je n’ai pas dit
"soupisée" ou "daubisée"),
quoique restant sur un rythme encore très éloigné du troupeau de bisons en
folie. 5) Us and Them Le titre reste assez fidèle à l’esprit de l’original, cette
espèce de conte mélancolique, cette rivière profonde qui accélère son cour dans ses méandres. Le saxo y tisse toutefois plus
évidemment sa toile, sous couvert de guitare cristalline. Un morceau charmeur
et doux-amer. 6) Young Lust Hou! là, ça démarre fort. Basse en avant, guitare qui crache,
voix qui vient vous chercher des explications : le couplet est "patatorisé". Mais, bizarrement, c’est le refrain qui
est moins appuyé que sur la version floydienne. Le
tout, qui était déjà l’un des morceaux les plus tendus de The
Wall, sonne encore plus rock. Une
interprétation qu’on s’imaginerait très bien sur scène. 7) Run like hell Des effets d’échos sur le refrain ("ruu-uun…
ruu-uun") et une seconde guitare en retrait,
qui évoque le réacteur d’avion s’échauffant en sourdine pour ne pas gêner les
passagers. Encore une bonne surprise, avec un feeling assez actuel et qui,
par moments, peu aussi évoquer le rock des 70’s. 8) Any colour
you like J’ai un peu de mal avec le son de clavier, genre Vangelis -j’aime bien Vangelis,
mais là, ça ne cadre pas. Le morceau évoque un intermède et, pour être
méchant, un interlude. Jusqu’à l’arrivée du solo de guitare et de la batterie
qui batifole. Cet instrumental ne m’a pas paru forcément indispensable,
plutôt passe-partout. Mais sans bavure. 9) Money Le gros hit de Pink Floyd avec Another
brick in the wall. Le gimmick du bruit de la caisse enregistreuse a disparu et,
comme je suis affreusement conservateur, ça me manque. Ben quoi, vous
imaginez Viens boire un petit coup à la
maison sans le "plop" du bouchon ? Mmmm… Je sens que je m’égare, là… Plus sérieusement,
l’espèce d’arythmie cardiaque suggérée par le morceau à l’origine (qui était
pourtant sérieusement rythmé… c’est ça l’talent)
s’est aussi envolé. Cette interprétation se fait un brin jazzy, avec un
esprit "bœuf" sympa… 10) Have a cigar Cette cover met
bien en perspective la complexité du morceau. Difficile à reprendre
vocalement, d’ailleurs. L’option ici choisie est donc de chanter de façon
plus classique (moins "parlé-chanté").
Force est de constater que ce sont tout de même les aspects musicaux
conservés quasi en l’état qui insufflent sa force à ce Have a cigar. Très agréable à écouter mais qui ne fait pas
avancer beaucoup le schimili..
bili… ili.. bilick. L’effet présent sur
l’original, qui fit croire à certains que le disque avait eu un problème à
l’enregistrement et qui le rapportèrent chez leur disquaire (j’en connais !),
a été abandonné sur cette version. 11) Breathe Inspirez… Eeeexpirez…. Hé ! oui, déjà
la fin… Comme le temps passe vite quand on est nimbé de nuages, qui arpentent
le bleu de la voûte de toutes leurs tonalités, du blanc le plus moutonneux au
noir le plus orageux. Ce Breathe possède un
sentiment quasi bucolique, allié à quelques sonorités de guitare façon Road
66. Puis reprend ce son unique, si caractéristique de Pink
Floyd. Quand certains descendent le manche à 100 à
l’heure, quand Peter Frampton imite Daffy Duck avec sa six-cordes, le Floyd égrène les
notes comme tombent les gouttes d’eau à la surface d’un lac. Au final, Pigs and Pyramids s’avère un
bien bel album, qui laisse rêveur. En écoutant ces nouvelles versions, on ne
peut s’empêcher d’être émerveillé… par les originales. Quelle gigantesque
personnalité ! Quelle profondeur ! Quelle richesse d’ambiances ! Pink Floyd est intemporel. Que
j’envie ceux qui ne connaissent encore Pink Floyd que par Another brick in the wall et à qui il reste le bonheur d’une des plus grandes découvertes musicales qui se
puisse concevoir. |
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